Les technologies durables préparent le secteur événementiel à l’avenir

Organiser un événement sans impact sur l'environnement reste pour l'instant une utopie. ​Mais grâce à une utilisation intelligente des technologies événementielles innovantes, l'impact sur les personnes et l'environnement est considérablement réduit. Des systèmes d'éclairage et de sonorisation économes en énergie aux solutions de mobilité intelligentes en passant par le suivi numérique des flux de visiteurs : la technologie joue un rôle de plus en plus important dans la durabilité des événements. Le secteur événementiel belge apporte lui aussi sa contribution à cet effort.

​​Quoi qu’on en dise, les événements ont un impact écologique. Les visiteurs doivent se rendre sur place, le matériel est transporté, l’éclairage, la sonorisation et la restauration nécessitent de l’énergie, et il reste souvent beaucoup de déchets après l’événement. Pour réduire cette empreinte écologique, on va désormais bien au-delà du simple tri des déchets ou de la compensation des émissions de CO₂. Le secteur de l'événementiel est en pleine mutation et opte de plus en plus souvent pour une innovation structurelle, grâce à de nouvelles solutions technologiques qui réduisent réellement l'impact environnemental des événements.

Le secteur événementiel belge compte désormais plusieurs exemples concrets illustrant la mise en œuvre pratique des technologies durables. Nos entreprises événementielles expérimentent des solutions susceptibles d'améliorer à la fois l'impact écologique et l'organisation pratique des événements, qu'il s'agisse de puces RFID intégrées dans des gobelets réutilisables pour les festivals, de batteries portables, d'électricité verte locale ou même de la technologie de l'hydrogène. Ainsi, une nouvelle norme s'impose progressivement pour les entreprises événementielles qui souhaitent travailler de manière durable et pérenne.

​La transition écologique des événements ne passe toutefois pas nécessairement par des innovations spectaculaires. Parfois, des solutions technologiques relativement simples suffisent déjà pour aller bien loin. Citons par exemple l'utilisation d'un éclairage LED, qui consomme nettement moins d'énergie, ou encore les applications événementielles qui proposent des alternatives à la voiture, etc. ​

​Des générateurs diesel à l'énergie intelligente : du diesel aux données

L'un des changements technologiques les plus visibles se déroule en coulisses : l'approvisionnement en énergie. Il s'agit traditionnellement de l'un des principaux défis des événements. Sur les sites temporaires notamment, le raccordement au réseau électrique n'est pas toujours évident. Les générateurs diesel constituent alors la solution traditionnelle, mais ils s'accompagnent d'émissions polluantes, de bruit et d'une consommation de carburant.

Cédric Lecluyse, chercheur à la KU Leuven, souligne que les trois quarts de l'énergie produite par un générateur diesel sont perdus sous forme de chaleur. C'est pourquoi des expériences sont menées avec des alternatives telles que les systèmes de batteries, les générateurs à hydrogène, les systèmes énergétiques hybrides et le stockage local d'énergie afin de réduire considérablement la consommation de diesel. Lors du salon CleanTech Xpo organisé récemment à Courtrai, des technologies ont également été présentées qui permettent de récupérer de l’énergie à partir des vibrations, de la chaleur résiduelle et du mouvement grâce à des revêtements intelligents, des textiles et des matériaux composites, ce qui ouvre également de nouvelles perspectives pour les structures temporaires utilisées lors d’événements. En combinaison avec des panneaux solaires ou un raccordement temporaire au réseau, la consommation d’énergie peut également être gérée de manière plus intelligente.

​Cette gestion n'est possible que si l'on dispose de données précises sur la consommation d'énergie. Grâce à un suivi en temps réel, les plus gros consommateurs sont identifiés et il est possible d'ajuster la gestion lorsque la demande évolue. Les compteurs intelligents permettent de surveiller en continu la consommation par zone (scène, coulisses, zone de restauration, etc.). La technologie de « peak shaving » (réduction des pics de consommation) évite les pics de charge et permet de mettre en place des installations plus petites et plus efficaces. Les logiciels de gestion de l’énergie, quant à eux, contrôlent de manière dynamique la climatisation, l’éclairage et les équipements de restauration. Grâce à ces solutions technologiques innovantes, le plan énergétique d’un événement peut être affiné, le gaspillage évité, et l’énergie devient non seulement un enjeu de développement durable, mais aussi une question d’efficacité et de maîtrise des coûts.

Les centres de congrès et les organisateurs de salons belges misent déjà fortement sur les solutions énergétiques intelligentes et la surveillance des données. Les grands sites tels que Brussels Expo, Flanders Expo et Antwerp Expo utilisent des compteurs d'énergie par hall, ce qui leur permet de savoir exactement quelles zones génèrent des pics de consommation. Cela permet de gérer de manière dynamique l'éclairage, les systèmes CVC et les installations audiovisuelles, et d'éviter le gaspillage.

La technologie contre le gaspillage

Un deuxième domaine dans lequel la technologie peut faire la différence est celui de l'utilisation des matériaux. La billetterie numérique est désormais largement répandue, mais les possibilités vont bien au-delà. Les bracelets numériques, les solutions de paiement sans espèces et les systèmes d'identification réutilisables peuvent réduire considérablement l'utilisation du papier et des matériaux jetables. ​

Ceux qui pensent que la technologie RFID concerne principalement les paiements se trompent. Depuis 2024, les festivals n’ont plus le droit d’utiliser des gobelets jetables, ce qui a donné un coup de pouce à cette technologie. Des festivals comme Tomorrowland utilisent des gobelets réutilisables intelligents équipés d’une puce RFID intégrée. Les visiteurs paient une caution pour leur gobelet, qui est automatiquement prélevée sur le bracelet NFC ou la carte de paiement, et qui leur est immédiatement restituée lorsqu’ils le rapportent à un point de retour. Les bracelets NFC permettent également d’accéder à différentes zones du site du festival, telles que les zones VIP et les coulisses. Une seule puce remplit donc plusieurs fonctions : le paiement, la gestion des accès et le suivi des gobelets.

L'utilisation de passeports numériques pour le matériel contribue également à encourager la réutilisation. La scénographie circulaire et les infrastructures modulaires gagnent du terrain. Les revêtements de sol recyclables, les décors biosourcés et les cloisons réutilisables sont de plus en plus souvent utilisés lors d'événements d'entreprise, de salons et de festivals. Grâce au passeport numérique des matériaux encouragé par les pouvoirs publics, chaque élément devient traçable, réparable et réutilisable. Cela permet de prolonger considérablement le cycle de vie des matériaux, de mieux planifier leur entretien et leur réparation, et de rendre compte avec précision de leur empreinte carbone. Pour un secteur qui travaille traditionnellement avec des structures temporaires, il s’agit d’une véritable révolution technologique.

De nouveaux systèmes voient également le jour dans le domaine des gobelets et de la restauration. Grâce à l'enregistrement numérique via des puces RFID et à des processus intelligents de retour et de lavage, les organisateurs peuvent mieux suivre le nombre de gobelets réutilisables en circulation et leur emplacement. La technologie devient ainsi un outil permettant de rendre un système circulaire gérable dans la pratique.

​La technologie AV, moteur de l'innovation durable

La technologie audiovisuelle est l'un des domaines qui évolue le plus rapidement au sein du secteur événementiel belge. L'audiovisuel reste axé sur le spectacle et l'expérience, mais l'accent est de plus en plus mis sur l'efficacité énergétique, la réduction des matériaux et la gestion intelligente. On parle peu de durabilité dans le domaine de la technologie audiovisuelle, alors que la production détermine une grande partie de la consommation.

La combinaison d'une technologie LED plus efficace, d'un système audio intelligent, de flux de travail à distance, de la production virtuelle et d'un suivi intelligent des données n'est pas seulement innovante et à la pointe de la créativité, mais permet également de réduire considérablement tant l'impact écologique que l'empreinte opérationnelle des installations audiovisuelles.

​La fondation Stimular, un centre d'expertise néerlandais dédié au développement durable, affirme que les LED utilisées pour l'éclairage de scène sont jusqu'à 80 % plus économes en énergie que les halogènes et dégagent moins de chaleur. La charge de pointe étant plus faible, cela permet en outre d'utiliser des groupes électrogènes moins puissants et donc de réduire la consommation de diesel. Les écrans et luminaires LED sont désormais la norme, mais les progrès technologiques réalisés ces dernières années sont considérables. Les murs LED ultra-efficaces consomment jusqu’à 40 à 60 % d’énergie en moins que les générations précédentes. Le contrôle automatique de la luminosité adapte l’intensité lumineuse en fonction de la lumière ambiante, ce qui permet d’éviter le suréclairage. Les structures LED modulaires réduisent le volume de transport et facilitent la réutilisation. De plus, les entreprises audiovisuelles belges expérimentent des pas de pixels à faible consommation, ce qui permet de réaliser de grands écrans sans alimentation électrique lourde — une avancée cruciale pour les grands événements en plein air qui souhaitent fonctionner sans énergie fossile.

La technologie audio devient de plus en plus intelligente. Les enceintes directionnelles, l'optimisation des line-arrays et le réglage piloté par l'IA permettent de réduire la consommation d'énergie, les fuites sonores vers l'environnement et le recours à des amplificateurs lourds. Grâce à la cartographie sonore numérique, les techniciens peuvent calculer à l'avance et avec précision la quantité de matériel nécessaire, ce qui élimine tout surdimensionnement. Les installations audio gagnent ainsi non seulement en durabilité, mais aussi en efficacité en termes de transport et de montage.

L'une des évolutions les plus disruptives est le passage à la régie audiovisuelle à distance et aux productions hybrides. Les techniciens peuvent surveiller et ajuster à distance l'éclairage, le son et la vidéo. Le nombre de techniciens sur place est réduit, ce qui se traduit par moins de déplacements, moins de nuitées à l'hôtel et une empreinte écologique réduite. La production virtuelle et la technologie XR permettent en outre de créer des décors de manière numérique, ce qui réduit l’utilisation de matériaux physiques et les transports. Des technologies holographiques, telles que celles utilisées à la Corda Arena de Hasselt, permettent de faire intervenir sur scène des intervenants situés à l’autre bout du monde. Pour les grands événements d’entreprise, les conférences et les productions internationales, cela change la donne.

Les installations audiovisuelles sont également de plus en plus souvent équipées de capteurs intelligents et de systèmes de suivi énergétique. Des tableaux de bord en temps réel permettent d'afficher la consommation par appareil ou par zone. Des modes veille automatiques éteignent les équipements lorsque les locaux ne sont pas utilisés. La maintenance prédictive évite les pertes de matériel et prolonge la durée de vie des appareils. Cette approche fondée sur les données s'inscrit parfaitement dans la tendance générale du secteur : rendre la durabilité mesurable.

Au-delà de l’innovation technologique, nos entreprises audiovisuelles s’engagent également sur la voie de l’économie circulaire grâce à des programmes de reconditionnement qui prolongent la durée de vie des tables de mixage, des projecteurs et des enceintes. Les flight cases modulaires sont de plus en plus souvent réparés plutôt que remplacés. Et grâce aux passeports numériques du matériel évoqués précédemment, il devient possible d’assurer la traçabilité et la réutilisabilité du parc audiovisuel.

​Le visiteur, partie intégrante de la solution

Les événements durables ne commencent pas à l'entrée d'un événement. En effet, une grande partie de l'impact écologique d'un événement provient des déplacements des visiteurs et des collaborateurs. Pour réduire cet impact, il est possible d'utiliser des outils numériques qui orientent les visiteurs vers les transports en commun, le vélo, le covoiturage ou d'autres formes de mobilité partagée.

Les applications événementielles peuvent faire bien plus que simplement afficher le programme d’un événement. Elles peuvent également fournir des informations en temps réel sur la mobilité, inciter les visiteurs à voyager ensemble ou indiquer quelles options de transport ont le plus faible impact. De cette manière, la technologie n’est pas seulement utilisée pour organiser un événement de manière plus efficace, mais aussi pour influencer le comportement des visiteurs et ainsi réduire l’empreinte écologique de l’événement en question.

​D’un « événement durable » à un événement mesurable : l’analyse des données, moteur du développement durable

À partir de quand un événement peut-il être considéré comme durable ? S'agit-il simplement de consommer moins d'énergie ? Qu'en est-il alors des transports, de la restauration, des déchets, etc. ? Il est donc essentiel de rendre la durabilité mesurable. Les données deviennent ainsi une ressource stratégique. Les agences événementielles s'appuient de plus en plus sur les données pour évaluer leur impact environnemental. Cela peut aller de la consommation d'énergie et d'eau aux flux de déchets en passant par la mobilité. Les tableaux de bord numériques et le suivi des données en temps réel collectent les informations nécessaires et les rendent exploitables afin de pouvoir intervenir si besoin. Citons par exemple l’analyse des flux de foule pour adapter les infrastructures et la consommation d’énergie aux pics d’affluence, les capteurs intelligents qui mesurent la température, la qualité de l’air et la consommation d’énergie, ou encore les agents IA qui prédisent les risques de gaspillage. Le recours à cette technologie rend la durabilité à la fois mesurable et contrôlable.

Cela modifie également la manière dont on communique sur la durabilité. Au lieu de parler d’un événement « durable », nous pouvons démontrer de manière plus concrète quelles mesures ont été prises et quel effet elles ont eu. C’est d’autant plus nécessaire maintenant que les affirmations générales telles que « durable », « respectueux de l’environnement », « vert » ou « écologique » sont interdites par la loi, à moins que l’on puisse prouver concrètement l’excellente performance environnementale revendiquée. Le secteur dispose désormais d’un arsenal croissant d’outils numériques pour mesurer et améliorer la durabilité. Des plateformes numériques telles que My Impact Tool, Climeet, Green Producers Club, Trace et ImpactALL, spécialement conçues pour le secteur de l’événementiel et de la culture, aident les organisateurs à suivre et à rendre compte de leurs efforts. Ces outils collectent des données sur l’énergie, l’eau, les matériaux et les déchets, génèrent des rapports destinés aux clients, aux sponsors et aux pouvoirs publics, et permettent de comparer les différentes éditions entre elles. La durabilité devient ainsi un label de qualité fondé sur les données.

​​Alors que les festivals sont souvent considérés comme un terrain d'expérimentation pour l'innovation durable, ce sont surtout les salons et les congrès qui mettent déjà en œuvre ces technologies à grande échelle. Le secteur belge des congrès et des salons applique depuis des années des normes strictes en matière de développement durable, sous l'impulsion de clients internationaux, des objectifs ESG des entreprises et du besoin d'infrastructures efficaces et évolutives.

Un défi à la fois technologique et humain

Pour autant, la technologie n'est pas une panacée. Une batterie ne rend pas automatiquement un événement durable, et une application de billetterie numérique ne résout pas le problème de la mobilité. Le plus grand défi réside peut-être dans la combinaison de la technologie et d'une nouvelle façon d'organiser les choses.

Pour notre secteur, cela implique de rechercher un nouvel équilibre : offrir aux visiteurs une expérience de qualité et mémorable, tout en adoptant une approche critique vis-à-vis de la consommation d’énergie, des matériaux, de la mobilité et des déchets. La technologie nécessaire pour soutenir cette transition existe déjà. La question n’est donc plus tant de savoir si le secteur de l’événementiel peut devenir plus durable, mais surtout à quelle vitesse nos entreprises événementielles et les visiteurs de nos événements vont effectivement exploiter ces possibilités. En effet, la technologie ne suffit pas sans un changement de comportement de la part des visiteurs et des organisateurs.

​Les technologies durables ne constituent donc plus un marché de niche, mais un moteur structurel de l'innovation dans le secteur événementiel belge. Les entreprises événementielles qui investissent aujourd'hui dans ces innovations technologiques deviendront les références inspirantes de demain.