Nous n’organisons pas les événements les uns pour les autres, mais les uns avec les autres.

La Belgique organise. C’est ancré profondément dans notre ADN. Mais ce qui semble aujourd’hui aller de soi ne l’est pas. Nous organisons des festivals, des congrès, des salons professionnels, des compétitions sportives, des fêtes d’entreprise, des événements culturels, des initiatives de quartier et tout ce qui se trouve entre les deux. À grande ou à petite échelle, de manière professionnelle ou bénévole.

Bien que leur réalité diffère, Tom Bellens, PDG de notre partenaire de contenu MediaMixer, constate de plus en plus souvent la même préoccupation. Et il ne s’agit pas ici de créativité, ni d’ambition, mais bien de savoir si les visiteurs ont encore suffisamment conscience de ce qu’il faut pour rendre ces événements possibles.

Il est de plus en plus difficile de boucler le budget

Les attentes vis-à-vis des organisateurs ne cessent d’augmenter. La sécurité, la durabilité, l’inclusion, l’accessibilité et la professionnalisation ont, à juste titre, pris de l’importance. Mais parallèlement, nous observons des évolutions dont on parle moins.

Les congrès et les séminaires sont de plus en plus souvent confrontés à des « no-shows » de la part de participants qui s’inscrivent mais ne se présentent finalement pas, ou qui se désistent à la dernière minute. Cela peut sembler anodin, mais cela a un impact direct sur la restauration, la logistique, les budgets et la planification.

Lors des festivals et autres événements, on constate que les visiteurs ont de plus en plus tendance à boire avant de se rendre sur place, ce qui met à mal les recettes liées à la restauration. Si cela peut être gênant pour les grands événements, pour les petites structures, cela peut faire toute la différence entre un bénéfice et une perte.

Par ailleurs, les organisateurs, les bénévoles et les employés constatent de plus en plus souvent que le respect ne va plus de soi. Les agressions verbales, les comportements inappropriés et une tolérance de plus en plus faible face aux contretemps ou aux temps d’attente mettent sous pression des personnes qui, souvent à titre bénévole ou avec beaucoup d’engagement, rendent ces événements possibles.

Les secouristes et les agents de sécurité sont eux aussi de plus en plus souvent confrontés à ce phénomène. Les personnes qui œuvrent pour la sécurité des visiteurs ne devraient jamais être la cible de frustrations ou d’agressions.

Pris isolément, ces incidents peuvent sembler mineurs. Mais pris dans leur ensemble, ils révèlent une réalité plus large. Une histoire qui montre comment, en tant que société, nous abordons les événements, le bénévolat, l’engagement et nos relations les uns avec les autres. Et c’est précisément pour cette raison que nous ne devons pas ignorer ces signaux.

Un événement ne va pas de soi

Peut-être devrions-nous oser reparler d’une forme moderne d’étiquette événementielle. Non pas de règles désuètes, mais de respect mutuel.

Lorsque vous vous inscrivez à un événement, vous vous présentez. Si vous ne pouvez finalement pas venir, vous prévenez. Vous traitez le personnel et les bénévoles avec respect. Vous respectez les mesures de sécurité. Vous avez conscience que derrière un billet ou un droit d’entrée se cache toute une organisation. Dans notre secteur aussi, rien n’est gratuit.

Le respect est aussi une forme de sécurité

Lorsque nous parlons de sûreté, nous pensons spontanément aux services de sécurité, aux plans d’urgence ou aux services d’intervention. Mais la sûreté commence bien plus tôt. Elle commence par le respect. Le respect des collaborateurs, des bénévoles, des fournisseurs, des secouristes, des organisateurs et des autres visiteurs.

La recrudescence des agressions verbales et des comportements inappropriés n’est pas un problème propre aux événements. Nous l’observons plus largement dans la société. Mais les événements agissent comme une loupe. Ce qui se passe dans la société se reflète également dans nos événements. Et c’est précisément pour cette raison que les organisateurs ne peuvent pas résoudre ce problème seuls.

La responsabilité est réciproque

Le secteur événementiel a fait d’énormes progrès ces dernières années. Les organisateurs investissent plus que jamais dans la sûreté et la sécurité, la formation, le développement durable et la qualité. C’est une bonne chose. Mais la responsabilité va dans les deux sens.

Peut-être devrions-nous, en tant que secteur, ne pas nous contenter de discuter de ce que les organisateurs peuvent améliorer, mais aussi de ce que les visiteurs peuvent apporter au succès d’un événement. Car les événements ne sont pas des produits de consommation. Ce sont des lieux de rencontre qui n’existent que grâce à l’engagement de milliers de personnes, souvent bénévoles.

Unir plutôt que diviser

À une époque où la polarisation ne cesse de s’accentuer, les événements jouent un rôle social unique. Ils rassemblent les gens. C’est aussi pour cette raison que notre secteur doit continuer à investir dans le partage des connaissances, la professionnalisation et la collaboration. Non seulement entre les organisateurs, mais aussi entre tous les acteurs de l’écosystème : organisateurs, prestataires, indépendants, lieux d’accueil, pouvoirs publics, établissements d’enseignement et visiteurs. Ce n’est pas en excluant, mais en créant des liens que l’on construit un secteur fort.

Et si on arrêtait de s’organiser ?

C’est peut-être là la question la plus importante. Lorsqu’un événement disparaît, ce n’est pas seulement une activité qui s’efface de l’agenda. C’est un lieu de rencontre, une tradition, une communauté, un pan du tissu social qui disparaît.

Aujourd’hui, les organisateurs hésitent de plus en plus souvent. Non pas parce qu’ils sont à court d’idées, mais parce que l’effort requis est de plus en plus important et que le respect semble parfois s’amenuiser. Nous ne devons pas considérer cela comme normal. Peut-être n’avons-nous pas besoin de nouvelles règles, mais bien d’une nouvelle prise de conscience.

L’organisation est inscrite dans notre ADN belge. Mais si nous voulons que cette tradition perdure, les organisateurs et les visiteurs devront redevenir des partenaires. Car nous n’organisons pas des événements les uns pour les autres. Nous les organisons ensemble.

Pourquoi nous devons continuer à raconter ces histoires

Le secteur événementiel ne fait souvent parler de lui que lorsque quelque chose tourne mal. Lorsqu’un événement est annulé, lorsqu’il y a des problèmes de sécurité ou lorsque la mobilité, les nuisances ou les budgets font l’objet de débats.

Mais on raconte beaucoup moins souvent tout ce qu’il faut pour rendre ces événements possibles. Pourtant, cette histoire mérite qu’on s’y attarde. Car derrière chaque congrès, festival, événement sportif, fête d’entreprise ou initiative locale se cachent des personnes qui créent du lien, organisent, investissent et prennent des risques. Des professionnels, des bénévoles, des fournisseurs, des partenaires et des services d’urgence qui travaillent souvent pendant des mois pour offrir quelques heures d’expérience inoubliable.

Peut-être avons-nous, en tant que secteur, trop longtemps considéré ces efforts comme allant de soi. C’est précisément pour cette raison qu’il est important de continuer à raconter ces histoires. Non pas pour susciter la pitié. Non pas pour éviter les critiques. Mais pour faire mieux comprendre la valeur que représentent les événements pour notre société.

Il est de notre responsabilité de faire émerger ces récits. Non pas au nom d’une seule organisation ou d’un seul segment du secteur, mais parce que nous sommes convaincus qu’une culture événementielle forte a également besoin de récits forts.

Car ce que les gens comprennent, ils l’apprécieront plus facilement. Et ce qu’ils apprécient, ils contribueront plus volontiers à le protéger.

Par Tom Bellens, PDG de MediaMixer