Les événements ne constituent pas un domaine politique reconnu. Officiellement, le secteur de l’événementiel n’existe pas : nous n’avons ni décideurs politiques, ni cabinet, ni administration qui s’occupent de notre secteur. Ce que nous avons, en revanche, c’est un enchevêtrement de réglementations (régionales et fédérales) qui ne sont pas adaptées aux besoins des organisations de notre secteur. Ajoutez à cela le fait que nous n’avons pas (encore) notre propre commission paritaire ni nos propres codes NACE-BEL, et que notre secteur s’appuie fortement sur d’autres domaines politiques tels que la Culture, le Tourisme, le Sport et l’Économie. Les événements ne se limitent d’ailleurs pas aux technologies du divertissement, aux secteurs culturels et créatifs ou aux loisirs.
Les avantages d’un décret spécifique aux événements
Dans le cadre de notre ambition d’être officiellement reconnus comme un secteur à part entière, nous plaidons, en tant qu’Event Confederation, pour l’ancrage du secteur de l’événementiel dans un décret spécifique, comme c’est le cas pour presque tous les secteurs ayant un impact social et économique important. Cela présente de nombreux avantages.
- Sécurité et reconnaissance juridiques : À l’heure actuelle, le secteur de l’événementiel se retrouve entre deux chaises, les secteurs connexes étant définis au niveau régional. Un décret spécifique confère au secteur un statut juridique officiel. Cela s’avère pertinent en période de crise pour bénéficier d’aides publiques ciblées.
- Des règles uniformes : les organisateurs d’événements sont confrontés à une multitude de réglementations régionales et fédérales en matière de normes sonores, de sécurité, de gestion des déchets et de mobilité. Un décret permettrait d’instaurer un cadre uniforme. Il apporterait davantage de clarté, notamment en ce qui concerne les demandes d’autorisation et les protocoles de sécurité.
- Professionnalisme et qualité : en inscrivant des règles dans un décret, il est possible d’imposer des normes, notamment en matière de durabilité, d’inclusion et d’équité. Cela permet également de fixer des exigences en matière de qualifications des professionnels de l’événementiel, avec des formations et des certificats reconnus, ce qui renforce la sécurité générale et le professionnalisme. Un décret peut également transformer la prolifération des labels non contraignants en une norme légale, ce qui permet au secteur d’être pris plus au sérieux par les banques, les assureurs et les responsables politiques.
- Poids économique : Notre secteur compte de nombreuses organisations. Il reste difficile de collecter des données sur le secteur, car celui-ci n’a pas été officiellement délimité. Un décret spécifique permettrait de mieux cerner l’impact économique du secteur et, par conséquent, de mieux le représenter et de défendre ses intérêts.
Que doit donc contenir un tel décret relatif au secteur événementiel ?
Le décret sur l’événementiel doit mettre fin à la confusion et apporter une simplification. Cela passe déjà par une délimitation précise de ce qu’est le secteur de l’événementiel. Tous les organisateurs professionnels et les fournisseurs d’événements grand public, d’entreprise et privés doivent être couverts par cette définition.
Il convient en outre de définir des objectifs concrets susceptibles de garantir la pérennité et la solidité du secteur. Les axes prioritaires sur lesquels l’Event Confederation travaille déjà – capital humain, durabilité, internationalisation, sûreté et sécurité, innovation et technologie – constituent un cadre approprié à cet effet :
Capital humain
- Le décret doit stimuler l’entrepreneuriat dans le secteur, motiver les nouveaux arrivants et les jeunes professionnels, et réduire la fuite des cerveaux parmi les professionnels expérimentés et seniors. Depuis la crise du coronavirus, le secteur de l’événementiel est confronté à un taux de départ élevé et à une « guerre des talents ». De plus, les horaires irréguliers ne constituent pas un argument de vente pour l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée auquel aspire la génération Z au début de sa carrière. Le décret doit formuler des ambitions visant à transformer le secteur en un secteur de carrière durable, dans lequel l’apprentissage tout au long de la vie devienne également possible pour ce type de professionnels.
- Les événements doivent être le reflet de la société, tant sur le devant de la scène qu’en coulisses, ce qui n’est certainement pas encore le cas aujourd’hui. Pour que la diversité de la société se reflète dans les événements, il faut également davantage de diversité parmi les professionnels du secteur eux-mêmes. À cet égard également, le secteur a besoin de plus de soutien, de plus de flexibilité et de moins de formalités administratives.
- Le recours aux bénévoles est la pierre angulaire de nombreuses manifestations, qu’il s’agisse de fêtes locales ou de festivals de grande envergure. Pourtant, ce type de collaborations d’intérêt public n’est soumis à aucune réglementation. Cela crée non seulement des conditions inégales par rapport aux professionnels, mais les exigences en matière de sécurité et de procédures de demande, entre autres, ne sont pas non plus les mêmes.
- Nous demandons également des délais de réponse plus transparents et plus clairs pour les demandes d’autorisation, ainsi qu’un guichet unique numérique pour les demandes d’autorisation d’événements publics, au-delà des frontières locales.
Durabilité
- Un décret spécifique aux événements doit aider le secteur à organiser des événements de manière plus durable, tant en matière de gestion des déchets, d’énergie et de mobilité que sur le plan de la responsabilité sociale, qui fait partie intégrante du développement durable.
- La prolifération d’outils, de certificats, de modèles et de lignes directrices élaborés par toutes sortes d’organisations et d’administrations est source de chaos et de confusion. L’Europe aussi émet des directives.
- Le principal défi consiste, malgré les tensions économiques et géopolitiques, à maintenir la question de la durabilité à l’ordre du jour, à la rendre accessible et aussi simple que possible, au même rythme et de la même manière que les autres États membres et secteurs.
Internationalisation
- La Belgique est un marché trop restreint pour générer des économies d’échelle significatives. Si nous voulons vraiment contribuer à l’essor du secteur de l’événementiel, nous ne devons pas tant chercher à attirer davantage d’événements internationaux dans notre pays, mais plutôt soutenir nos propres événements et organisations dans leurs ambitions d’internationalisation.
- Ce sont surtout les tensions géopolitiques et le protectionnisme croissant, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis, qui empêchent nos organisateurs d’événements de franchir cette nouvelle étape. Mais même au sein de l’UE, le secteur estime qu’il existe un besoin manifeste d’informations (ou de réglementation), de partage des connaissances, d’expertise et de réseaux locaux.
Sécurité & sûreté
- Dans notre pays, la sécurité événementielle en est clairement encore à ses balbutiements. En matière de gestion des foules, de normes sonores et d’assistance médicale, les professionnels du secteur font de leur mieux pour respecter la réglementation fragmentée au niveau local (pour autant qu’elle existe), mais la plupart du temps, ils agissent au feeling et font de leur mieux.
- Aujourd’hui, la société attend davantage d’attention pour le bien-être, la prévention, la gestion des foules et la santé mentale, y compris lors des événements. La sécurité événementielle est toutefois encore trop souvent utilisée comme un concept fourre-tout, ce qui crée une confusion quant à qui peut, doit et a le droit de faire quoi. Le secteur privé de la sécurité veille à juste titre sur ses compétences légalement définies, mais les organisateurs ont besoin de plus de soutien, de plus de « regards sur le terrain » et d’un cadre plus clair. Il est nécessaire de définir une vision claire et applicable qui rassemble les organisateurs, les décideurs politiques, les services publics et le secteur de la sécurité privée.
- Une uniformité s’impose également en matière de formations et de certificats. Ainsi, toute personne travaillant au montage ou au démontage d’événements (chantiers temporaires ou mobiles) est tenue de suivre une formation de base en matière de sécurité, mais même le SPF ETCS ne peut ou ne veut pas préciser quels aspects concrets doivent y être abordés. Lors des contrôles, seuls les grands événements sont clairement visés. Cela crée non seulement des conditions inégales, mais cela fait également disparaître l’urgence de la sécurité événementielle chez les petits acteurs locaux. Idéalement, ces certificats devraient également être valables au-delà des frontières nationales afin que les organisations ne soient pas tenues de se conformer à des exigences différentes dans chaque pays de l’UE.
Innovation & technologie
- Tout comme pour le développement durable, la (r)évolution technologique et numérique mondiale ouvre la voie à une multitude de possibilités, mais engendre également de nouvelles réglementations et restrictions disparates, dans lesquelles on ne s’y retrouve plus.
- Le secteur de l’événementiel a besoin de connaissances, de perspectives et de solutions technologiques faciles à mettre en œuvre pour rendre les événements plus durables, plus sûrs… Il convient donc de s’intéresser aux possibilités offertes par les technologies immersives, l’hyperpersonnalisation, l’innovation et la durabilité, l’IA et l’automatisation, ainsi que les expériences hybrides et physiques. Le décret sur l’événementiel doit anticiper l’effacement des frontières entre le monde physique et le monde numérique, mais surtout offrir des opportunités aux jeunes entrepreneurs.
Un décret spécifique à l’événementiel jette donc les bases d’un secteur de l’événementiel performant et constitue une étape importante vers la reconnaissance officielle de notre secteur. Au cours des quinze dernières années, le secteur de l’événementiel s’est considérablement professionnalisé et développé dans notre pays. Une reconnaissance officielle de ce secteur s’impose donc. L’Event Confederation sollicite le soutien, l’implication et l’engagement de nos décideurs politiques afin de concrétiser cet objectif ensemble. L’adoption d’un décret spécifique au secteur de l’événementiel constitue une étape logique.



