La sécurité des événements demeure absente de l’agenda politique

Ces dernières années, nous avons beaucoup appris des crises, des incidents et des circonstances extrêmes. Mais il faut être honnête : la Belgique n’est toujours pas suffisamment préparée à une prochaine crise aujourd’hui.( selon notre conseil consultatif Safety & Security.

Et pourtant, nous continuons à faire ce que nous avons toujours fait : organiser. Notre société vit de la rencontre. Cela fait partie de notre ADN : des festivals et événements sportifs aux petites fêtes de village, initiatives locales et projets de bénévolat. C’est précisément cette diversité qui rend notre espace public si vivant.

Chaque événement est une catastrophe potentielle

Chaque événement est une catastrophe potentielle. Tout événement n’est pas dangereux par définition, mais il peut basculer en une seconde. Un changement météo soudain, un incident dans la foule, une urgence médicale, un mouvement de panique ou une menace extérieure peuvent totalement modifier la logique d’un événement. Les organisateurs professionnels le savent. C’est pourquoi organiser un événement est, par essence, une question de gestion des risques. Et pourtant, nous devons continuer à organiser, car une société qui se rassemble moins par peur ou à cause d’un excès de réglementation perd quelque chose de fondamental.

Au cours des dix dernières années, des progrès ont certainement été accomplis. Les procédures ont été renforcées, la collaboration entre les services s’est intensifiée et la sensibilisation à la sécurité s’est accrue. Pourtant, quiconque organise des événements aujourd’hui sait aussi que le cadre reste fragmenté. Les règles varient d’une ville à l’autre. Les exigences de sécurité sont réparties sur différents niveaux de pouvoir, ce qui génère de l’incertitude. Et cela a parfois une conséquence involontaire : des événements disparaissent tout simplement. Non pas parce que personne ne veut les organiser, mais parce que le seuil devient trop élevé.

Un secteur événementiel autonome

Les progrès les plus importants de ces dernières années sont donc venus du secteur lui-même. Les organisateurs ont tiré les leçons de ces crises et investissent massivement dans les analyses de risques, les scénarios de crise, la communication de crise et la formation. Le secteur événementiel est devenu plus autonome. C’est encourageant. Mais cela met aussi en lumière un problème : il n’existe toujours pas de cadre politique clair et uniforme concernant la sécurité événementielle en Belgique.

Aujourd’hui, la sécurité est souvent interprétée à l’échelle locale. Par définition, les événements sont dynamiques. Un événement n’est ni une usine, ni un bureau. C’est un environnement temporaire où des centaines, voire des milliers de personnes se rassemblent, souvent en plein air et dans des conditions changeantes. C’est pourquoi nous avons besoin de règles à la fois claires et flexibles : uniformes là où c’est nécessaire, dynamiques là où c’est possible. Une fête de quartier ne peut pas supporter la même structure de sécurité qu’un méga-festival. Mais tous deux méritent des directives et un soutien clairs.

La sécurité des événements doit enfin figurer à l’ordre du jour politique

Il est temps d’inscrire enfin la sécurité événementielle de manière structurelle à l’ordre du jour politique. Non pas avec plus de bureaucratie, mais avec plus de clarté. Il est peut-être temps de mettre en place un Plan d’Action Interfédéral pour la Sécurité Événementielle, dans lequel le gouvernement, les services de secours et le secteur élaboreraient ensemble un cadre tourné vers l’avenir. Un cadre qui renforce la sécurité sans étouffer notre culture événementielle. La sécurité doit être l’enveloppe protectrice des événements, et non leur frein à main.

Nous ne sommes pas encore prêts aujourd’hui pour une prochaine crise. Toutefois, nous sommes mieux préparés grâce à l’autonomie du secteur et aux personnes qui rendent les événements possibles chaque jour (organisateurs, bénévoles, professionnels de la sécurité et services de secours). Il appartient désormais aux responsables politiques de prendre ce travail au sérieux. Inscrivez enfin la sécurité événementielle de manière structurelle à l’agenda. Non pas pour freiner notre culture événementielle, mais pour continuer à la rendre possible. Car une société qui cesse d’organiser par peur perd bien plus que ses événements. Elle perd une partie de son âme.